TATTVĀRTHA SŪTRA 

Chapitre 6

L’afflux de la matière karmique

 

Sūtra 1. L’action du corps, de l’organe de la parole et de l’esprit est appelée «activité» (yoga).

Sūtra 2. Ces trois sortes de « yoga » causent une vibration dans les points d’espace de l’âme qui provoquent l’afflux (āsrava) i.e. l’invasion de matière karmique.

Sūtra 3. L’invasion est de deux sortes : la bonne (shubha) et la mauvaise (ashubha), causée respectivement par le « yoga » vertueux et le « yoga » mauvais. L’invasion des bons karma aide à purifier l’âme tandis que celle des mauvais l’éloigne de la purification.

Sūtra 4. Il y a deux sortes d’invasion, à savoir : celle causée chez les personnes qui ont des passions ce qui allonge leur transmigration (sāmparāyika), et celle causée chez les personnes sans passions ce qui évite ou raccourcit leur transmigration (iryapatha).

Sūtra 5. Les subdivisions de l’invasion « samparayika » sont : les cinq sens (le toucher, le goût, l’odorat, la vue et l’ouïe), les quatre passions (la colère, l’orgueil, la tromperie et l’avidité), la non observance des cinq vœux (de ne pas tuer, de ne pas dire de mensonges, de ne pas voler, d’être chaste et de ne pas manifester de l’attachement) et les vingt-cinq activités suivantes : 1) samayaktva-kriyā ( ne pas faire des actions qui renforcent le foi juste, telles que la vénération des Tirthankara, des vrais précepteurs et la lecture des vraies écritures sacrées, etc.), 2) mithyātva-kriyā (vénérer de fausses divinités, un faux précepteur, lire de fausses écritures, etc.), 3) prayoga-kriyā (aller et venir), 4) samādāna-kriyā (négliger les vœux), 5) iryāpatha-kriyā ( ne pas marcher doucement en regardant  le sol  et écraser des petits êtres vivants), 6) prādoshiki-kriyā (blâmer les autres avec colère), 7) kāyikī-kriyā (agir de façon mauvaise), 8) adhikaranikī-kriyā (avoir des armes et des munitions), 9) pāritapiki-kriyā (faire souffrir des êtres vivants), 10) prānātipātikī-kriyā (diminuer le plaisir de la vie, des sens, de l’énergie et de la respiration), 11) darshana-kriyā (manifester de l’infatuation pour voir de belles formes), 12) sparshana-kriyā (avoir la sensation de plaisir du toucher due à la passion pour le sexe), 13) prātyayikī-kriyā (faire des équipements utiles à la violence), 14) samantāpātana-kriyā (déféquer et uriner à des endroits où des animaux et des humains vont, viennent, s’ assoient, etc.), 15) anābhoga-kriyā (poser des choses sur le sol ou s’allonger ou s’asseoir sur le sol sans regarder celui-ci), 16) svahasta-kriyā (faire un travail à faire par d’autres en raison de l’avidité), 17) nisarga-kriyā (approuver ou apprécier des activités violentes ou incorrectes), 18) vidārana-kriyā (proclamer les péchés des autres), 19) ajña-vyāpādiki-kriyā (mal interpréter les commandements figurant dans les écritures), 20) anāñkāksi-kriyā (être indifférent aux injonctions faites dans les écritures), 21) prārambha-kriyā (éprouver du plaisir ou de l’indifférence à percer, couper, abattre, etc. des êtres vivants), 22) prāyigrāhikī-kriyā (conserver de l’attachement pour les choses du monde), 23) māyā-kriyā ( avoir des pratiques trompeuses concernant la connaissance, la foi, la conduite, etc.), 24) mithyā-darshana-kriyā (confirmer une connaissance mauvaise en louant la mauvaise croyance d’une autre personne), 25) apratyākhyāna-kriyā (ne pas renoncer à ce à quoi il faut renoncer).

Sūtra 6. L’afflux est différencié suivant l’intensité ou la faiblesse de l’activité de la pensée, la nature intentionnelle ou non de l’action, son substrat et sa puissance particulière.

Sūtra 7. Le vivant et le non-vivant constituent les substrats.

Sūtra 8. Le substrat du vivant est de 108 sortes constituées de trois niveaux (décider de faire, faire des arrangements et commencer à faire) multipliés par les trois « yoga » (de la pensée, de la parole et du corps) multipliés par trois moyens ( faire soi-même, faire faire par d’autres ou approuver ceux qui font) et multipliés par les quatre passions ( la colère, l’orgueil, la tromperie et l’avidité).

Sūtra 9. Le substrat du non-vivant pour l’afflux du karma est de onze sortes : deux sortes de production ou de réalisation (du corps, de la parole, de la pensée et de la  respiration), quatre sortes de pose (sur le sol sans regarder, sans nettoyer, à la hâte et sans soin), deux combinaisons/mélanges (nourriture, boisson et n’importe quelle autre chose) et trois sortes de mouvement ou de conduite (du corps, de la parole et de la pensée pour agir).

Sūtra 10. La dévalorisation de la connaissance, la dissimulation de la connaissance, la non-communication de la connaissance , l’empêchement d’acquérir la connaissance,  le mépris pour la connaissance et le dénigrement pour la vraie connaissance entraînent l’afflux du karma qui obscurcit la connaissance (jñānāvarana karma).

Sūtra 11. La souffrance, le chagrin, l’angoisse, le préjudice, et la lamentation sur soi, sur les autres ou sur les deux, entraînent l’afflux du karma qui cause la sensation désagréable (asāta vedaniya karma).

Sūtra 12. La compassion envers les êtres vivants en général et les pieux en particulier, la charité, l’ascétisme avec de l’attachement, le contrôle avec l’absence de contrôle, la dissociation des karma sans effort, les austérités non basées sur la connaissance juste, la méditation, l’équanimité, l’exemption d’avidité, entraînent l’afflux du karma qui cause la sensation agréable (sātā vedanīya karma).

Sūtra 13. L’attribution de fautes à l’omniscient, aux écritures, à la congrégation des ascètes, à la vraie religion et aux êtres célestes, entraînent l’afflux du karma qui fausse la foi (darshanā mohanīya karma).

Sūtra 14. Les sentiments intenses provoqués par la montée des passions entraînent l’afflux du karma qui fausse la conduite ( cāritra mohanīya karma).

Sūtra 15. L’action d’infliger des blessures et de la souffrance excessives (du fait des travaux domestiques), et l’attachement excessif, entraînent l’afflux du karma qui mène à la vie dans les régions infernales (nārakāyu karma).

Sūtra 16. La fausseté entraîne l’afflux du karma de la vie qui conduit à la vie d’animal, dans le monde et immobile (tiryagyoni karma).

Sūtra 17. L’action d’infliger des blessures et des souffrances légères (du fait des travaux domestiques) et de manifester un attachement léger entraînent l’afflux du karma de la vie qui conduit à la vie humaine (manushyāyu karma).

Sūtra 18. L’ humilité naturelle conduit au même afflux.

Sūtra 19. La non-observance des vœux ou l’observance partielle des vœux, avec un léger attachement, entraîne le karma de la vie (āyu karma) qui conduit à une naissance parmi les quatre sortes d’êtres (conditions d’existence).

Sūtra 20. Le contrôle de soi avec un léger attachement, le contrôle de soi partiel, la soumission à la fructification des karma et les austérités non basées sur la connaissance juste entraînent l’afflux du karma de la vie qui aboutit à la naissance comme être céleste (deva nāma karma)).

Sūtra 21. La foi juste est la cause de l’afflux du karma de la vie qui entraîne la naissance céleste dans les cieux.

Sūtra 22. Les actions douteuses et trompeuses de la pensée, de la parole et du corps, la critique des bonnes actions et la provocation aux mauvaises actions entraînent l’afflux du karma qui rend l’aspect physique désagréable (ashubha nāma karma).

Sūtra 23. Les contraires de ceux-ci (à savoir l’activité droite et honnête) entraînent l’afflux du karma qui rend l’aspect physique agréable (shubha nāma karma).

Sūtra 24. L’afflux du karma de l’état de Tīrthankara (Tīrthankaratva karma) est causé par les seize observances suivantes : la pureté de la foi juste, le respect, l’observance des vœux ordinaires et supplémentaires sans transgressions, l’incessante poursuite de la connaissance, la peur constante du cycle de l’existence, les dons (charité),  la pratique des austérités selon ses capacités, la suppression des obstacles qui menacent l’équanimité des ascètes, le service de ceux qui ont l’esprit religieux en écartant le mal et la souffrance, la dévotion aux seigneurs omniscients, aux chefs précepteurs, aux précepteurs et aux écritures, la pratique des six devoirs quotidiens essentiels (vénération de l’omniscient, dévotion au précepteur, étude des écritures, contrôle de soi, austérité et charité), propagation des enseignements de l’omniscient et affection fervente envers les frères qui suivent la voie de la libération.

Sūtra 25. Censurer les autres et se louer soi-même, cacher les bonnes qualités présentes chez les autres, et proclamer de nobles qualités absentes chez soi, causent l’afflux du karma qui conduit à un statut inférieur (nichairgotra karma).

Sūtra 26. Les contraires des choses mentionnées dans le sūtra précédent, l’humilité et la modestie, causent l’afflux do karma qui détermine un statut élevé (chottara karma).

Sūtra 27. Mettre un obstacle à la charité, aux gains, à la consommation, et au pouvoir des autres, est la cause de l’afflux des karma obstructifs (antaraya karma). 

Résumé de ce chapitre

Yoga et afflux karmique.

L’activité du corps, de la parole et de l’esprit est appelée « yoga ». Le « yoga »  est la cause de l’afflux de particules karmiques dans l’âme de l’individu. Le « yoga » méritoire provoque l’afflux du bon karma et le « yoga » déméritoire l’afflux du mauvais karma. Les êtres vivants qui ont des passions obtiennent l’afflux de particules karmiques durables du monde, alors que les autres ont l’afflux de particules karmiques temporaires. L’afflux de particules karmiques du monde résulte de : l’activité des cinq sens, des quatre passions (colère, orgueil, tromperie et avidité), des activités qui comportent la violence, la fausseté et le vol, l’impureté du corps et de l’esprit (manque de chasteté), la possessivité et autres activités semblables.

La différence dans l’afflux de la matière karmique est provoquée par l’intensité ou la bénignité des passions, par la nature intentionnelle ou non intentionnelle de l’acte, par la nature de l’être vivant, par l’environnement et le pouvoir de réaliser l’acte. Les activités du corps, de la parole et de l’esprit des âmes dans le monde, qui sont affectées par les passions de la colère, de l’orgueil, de la tromperie et de la possessivité (cupidité), sont à la base de l’afflux de particules karmiques. Cet afflux se produit lorsque l’individu décide de se laisser aller à certaines activités, à se préparer à les réaliser et ou à les provoquer Il y a peu de différence si l’individu réalise l’acte lui-même, le fait réaliser par d’autres ou persuade d’autres de le réaliser.

Causes de l’afflux de quelques karma.

L’afflux du karma qui produit un sentiment désagréable est causé par la souffrance, le chagrin, l’angoisse, les cris, la violence, la lamentation sur soi, sur les autres ou sur les deux.

L’afflux du karma qui produit un sentiment agréable est causé par les sentiments de compassion pour tous les êtres vivants, par l’appréciation de ceux qui font les vœux, par la charité, le contrôle de soi pour le bien-être des êtres vivants, l’effacement involontaire des particules karmiques, la bonne conduite sans connaissance juste, l’équanimité et  la non possessivité.

Négliger les principes propagés par l’omniscient, par les écritures, par la religion ou les personnages religieux cause l’afflux du karma qui obscurcit la perception.

Les sentiments et les émotions qui comportent des passions intenses sont la cause du karma qui fausse la conduite.

Les mauvaises activités du corps, de la parole et de l’esprit, et les querelles, sont la cause du karma qui détermine un mauvais physique.

Parler mal des autres, se vanter, dissimuler les vertus des autres, et se flatter de ses propres bonnes qualités, sont la cause du karma qui détermine un statut bas.

 

 

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